L’Histoire

Cynéfro est un nom de famille, pas une esthétique.

Cynéfro est le nom de jeune fille de ma mère. Il se remonte au Bénin et au Congo, l’ascendance de la plupart des Martiniquais et des Antillais. Je porte ce nom en art depuis trente-cinq ans, en musique et en écriture.

J’ai regardé ma mère coudre avant de coudre moi-même. Ce que j’ai retenu d’elle n’est pas une technique, c’est une patience : on ne force pas un tissu, on l’écoute d’abord.

Je pourrais coudre un seul tissu propre. Beaucoup le font, très bien. Mais un seul tissu ne dit qu’une chose, et j’ai plusieurs choses à dire dans le même vêtement : le Bogolan du Mali, les bandes de Kenté du pays Akan, le Samakaka d’Angola, le Wax qui a traversé Java, les Pays-Bas et l’Afrique de l’Ouest avant d’arriver dans mes mains.

Je compose un patchwork comme je compose un poème : plusieurs voix qui doivent finir par s’entendre. Quand elles s’entendent, je coupe. Le tissu est coupé une seule fois, alors la pièce n’existe qu’une fois, et je lui donne un nom, un numéro et un texte écrit pour elle.

Je cherche les tissus, je compose, je coupe, je couds, je plie et je poste chaque commande. C’est pour cela que l’atelier tient cinq à six vêtements par mois, pas cinquante.

— Cynéfro

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Portrait de Jérôme Matin Cynéfro, le fondateur, en cape imprimée ocre et noir sur un col roulé noir, un collier de perles de bois au cou.
Jérôme Matin Cynéfro, le fondateur · photographie pour son livre, Un nouvel élan