Le Journal · L’atelier

Comment se compose un patchwork

Le Bogolan et le Kenté sont déjà des assemblages de bandes cousues. Assembler est la logique d’origine de ces tissus, pas une trahison.

Publié le vendredi 28 août 2026 · dans l’atelier, à Paris

Le tissu est déjà un assemblage

On reproche parfois au patchwork de découper des tissus qu’il faudrait laisser entiers. La remarque se retourne.

Le Bogolan et le Kenté naissent tous deux d’un métier à tisser horizontal, à pédales, qui ne produit pas de laize large.

Il produit des bandes étroites, de l’ordre de 10 à 15 cm. Un tissu entier n’existe pas au sortir du métier.

Pour obtenir une étoffe, on coud ces bandes lisière contre lisière. Le pagne que vous voyez est déjà un ouvrage d’assemblage.

Le nom du Kenté le dit lui-même. Kenté vient de kenten, « panier » en akan asante, pour l’aspect tressé du tissu.

Composer un vêtement en plusieurs tissus, c’est donc continuer un geste ancien à une échelle plus grande. Rien d’autre.

Le Wax n’obéit pas à la même logique

Le Wax, lui, est imprimé industriellement sur du coton en laize large et continue, depuis la fondation de Vlisco en 1846.

Son dessin se répète tous les quelques dizaines de centimètres, et ce raccord commande la coupe. On coupe où le motif accepte d’être coupé.

Mettre du Wax à côté d’une bande de Kenté, c’est donc poser une étoffe machine contre une étoffe tissée main. La différence de main se voit et se touche.

C’est aussi pourquoi un patchwork réussi n’est pas un collage de jolis morceaux. Les tissus n’ont ni le même poids, ni le même tombé, ni le même retrait au lavage.

Les six décisions, dans l’ordre

  1. 1Choisir le tissu dominant. Un seul commande la pièce ; les autres lui répondent.
  2. 2Fixer le nombre de tissus. Onze dans le kimono N° 001, et c’est déjà beaucoup.
  3. 3Trouver la couleur de liaison. Dans le N° 001 c’est le jersey noir, aux bordures, aux poignets et au bas de manche.
  4. 4Décider ce qui ne se répète pas. Une bande de Kenté vert, rouge et or à la manche gauche, et nulle part ailleurs.
  5. 5Grouper les tissus par poids, jamais par motif. Un coton lourd contre un coton léger fait une couture qui tire.
  6. 6Laver et repasser chaque tissu avant de couper, séparément. Les retraits ne sont pas les mêmes.

La quatrième décision est celle qui distingue une pièce d’un échantillonnage. Un accident volontaire, un seul, tient toute la composition.

C’est la règle d’un poème plus que celle d’un patron : une irrégularité placée exprès, pour que le reste tienne autour.

Pourquoi la pièce n’est pas refaisable

Chaque tissu est acheté au coupon, souvent au mètre restant. Quand le coupon est fini, la combinaison est finie avec lui.

Il ne s’agit donc pas d’une rareté annoncée pour vendre. Elle est la conséquence de la manière dont les tissus sont trouvés.

C’est pour cette raison que chaque pièce porte un numéro à trois chiffres, et que ce numéro ne sert jamais deux fois.

Sources

Libres aujourd’hui

Les pièces cousues et encore libres.

Chaque pièce est coupée une fois. Le premier paiement abouti prend la pièce.

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